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La chronique de Laurent Lacherez est publiée régulièrement sur le site MaChronique.com.

La méfiance: manque de confiance ou mécanisme de protection?

Les femmes se méfient des hommes et les hommes des femmes. Phénomène de société, blessures du passé, peur d’être déçu ou d’être heureux? Les explications sont nombreuses.

La méfiance est une attitude complexe dont les motivations peuvent mettre en perspective les gains qu’elle apporte.

Dernièrement, des amis français me confiaient le climat de méfiance dans lequel beaucoup vivent tellement les abus deviennent monnaie courante. Le contexte socio-économique semble inciter les gens à la prudence pour se prémunir des abus. Manque de confiance en l’autre, à tort ou avec raison, cette prudence peut être salutaire du moment qu’elle aboutit à des réponses concrètes permettant d’affirmer son utilité ou d’instaurer un climat de confiance. La prudence invite souvent à la patience, complice d’une décision avisée.

La méfiance peut donc être salutaire pour une personne encore « naïve », par manque d’expérience ou par excès d’optimisme. Sa présence dans une relation peut indiquer l’évolution vers une forme de maturité acquise au prix de déboires.

Toutefois, lorsque les blessures du passé s’immiscent, que la peur de commettre une erreur ou d’être dans l’erreur — sans raisons valables — apparaît, que la rancune et la susceptibilité s’accumulent par une perception exagérée des situations et des relations, la méfiance engendre facilement des angoisses, de l’anxiété et des tensions relationnelles. La personne méfiante éprouve le besoin d’être sur ses gardes et ne peut gérer l’ambiguïté émotionnelle que suscitent en elle les évènements. Bon nombre de croyances issues de leçons, souvent chèrement payées, de situations vécues comme des abus et conduisant à une image de soi dévalorisante contribuent indéniablement à cristalliser ce comportement. La méfiance est alors une sorte de lutte quasi continue en soi, qui inconsciemment, est projetée dans la relation à l’autre. Loin de satisfaire un besoin de sécurité, ce mécanisme alimente le sentiment d’insécurité qui est provoqué par une recherche démesurée de preuves d’abus, de méchanceté, de manipulation, de mensonges, etc. …

La frontière est mince entre méfiance et paranoïa et pas toujours évidente à percevoir. Malgré tout, en observant les résultats des comportements adoptés, il est possible de savoir si cette attitude facilite ou complique la situation. Ainsi, une femme qui a des doutes sur la fidélité de son partenaire, dont elle est séparée par un océan, peut avoir raison d’être prudente, le temps de mieux connaître l’autre. Par contre, si une sorte de jalousie s’installe, que presque tous les faits et gestes soient remis en question, il y a davantage de risques d’obtenir un éloignement du conjoint et de créer soi-même la preuve justifiant cette attitude nuisible qui renforce l’insécurité.

Autrement dit, la méfiance peut être à la fois un signe de prudence, de maturité, de désir de protection, que de manque de confiance en l’autre, en soi, de peurs à confronter, d’anxiété, de blessures non cicatrisées, d’un besoin de prendre plus son temps, de réponses à trouver, d’une recherche de garanties, d’une plus grande sécurité. Parfois, la méfiance est la solution, d’autres fois, elle maintient l’angoisse de l’inconnu. Développez une nouvelle attitude, une souplesse, une plus grande assurance et ouvrir un espace à l’autre peut créer un réel climat de confiance. Régler ses blessures du passé, apprendre à s’auto critiquer, apprendre à interpréter avec plus de réalisme que de pessimisme les comportements des autres sont autant de pistes de solutions à mettre en place pour parvenir à cultiver une grande sécurité en soi-même.