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La chronique de Laurent Lacherez est publiée régulièrement sur le site MaChronique.com.

Les conflits intérieurs

Partagé par une multitude de désirs, de responsabilités, d’engagement, il est parfois de plus en plus difficile de demeurer à l’écoute de ses vérités profondes, et d’entendre ce que nous susurre dans le creux de l’oreille notre petite voix intérieure.

Que ce soit une personne qui, en contradiction avec son éducation, se voit refouler sa tendance homosexuelle, un employé qui lutte contre lui-même pour se rendre quotidiennement à son emploi qu’il déteste, mais aux avantages précieux, une jeune femme en proie à la peur de sauter dans l’inconnu et partir à l’étranger parfaire son anglais, un homme souhaitant changeant de sexe pour mieux vivre sa conviction d’être femme, toutes ces personnes vivent un déchirement intérieur, une tension conduisant à une lutte avec soi-même génératrice d’anxiété et de mal-être. Comment se réconcilier avec soi-même?

Il convient certainement de distinguer au moins deux types de conflits. Il y a ceux qui agissent sur nous comme une sorte de tension exercée entre deux polarités, dont l’une est dommageable à long terme sur notre qualité de vie et celle d’autrui. Cette forme de disharmonie, loin d’être paralysante, est une invitation à se dépasser pour s’améliorer. En d’autres termes, elle suggère de modifier un comportement, d’évoluer sur une tendance, un trait de caractère qui nous nuit. C’est dans l’inconfort de la sensation d’une dualité en soi que l’on peut réellement prendre conscience de son pouvoir à atténuer des parties de nous qui nous déplaisent et qui sont identifiées comme des éléments nuisibles à son bonheur. En général, cela se manifeste par l’impression que l’on peut mieux faire, qu’on est capable de plus, que ce n’est pas véritablement nous et que nous pouvons être une personne d’une plus grande beauté intérieure. Il arrive souvent d’ailleurs que le début d’une relation amoureuse insuffle cet élan naturellement et avec force, en puisant dans le sentiment d’amour naissant le carburant pour opérer en soi des transformations. Celles-ci nous permettant d’accéder à une autre étape vers l’expression de ce qu’il y a de meilleur en nous. On se dépasse alors et, chose surprenante, c’est avec une rapidité et une aisance déconcertante que ce changement s’opère parfois en nous. Ce qui prouve bien que nous en somme capables, même si nous en doutons ou l’ignorons, il n’en demeure pas moins que l’être humain à le pouvoir de réaliser de grandes choses, du moment qu’il sait utiliser cette forme de tension comme point d’appui.

En revanche, le défi diffère lorsqu’un déchirement intérieur s’exprime entre des parties de nous qui veulent absolument conserver leurs avantages respectifs. Ce mélange d’élan vers l’avant et d’immobilisme peut exercer une force d’attraction aussi puissante qu’un vortex. Dans ce cas, reconnaître l’opposition qui nous fige dans le mal-être et l’observer avec le plus de recul possible demeure un bon premier pas pour se réapproprier un retour au port sans naufrage! En conservant présent à l’esprit qu’aussi inconfortable que soit cette forme de dualité, elle nous ouvre la voix vers un aspect de nous-mêmes qui nous demeure encore voilé et que nous avons besoin d’exprimer pour mieux vivre notre vie. Aussi, loin d’être des ennemis intérieurs, il s’agit d’aborder ce phénomène comme une tentative de se libérer d’une forme d’aliénation que l’on s’inflige soi-même sous prétexte de respecter et de conserver des concepts, des croyances qui nous appartiennent rarement. Refuser cela revient tout simplement à résister de s’ouvrir à soi, à sa réalité intérieure et par suite, au reste du monde. Aussi, tendre vers une libération des conflits qui nous habitent implique d’aborder avec une certaine neutralité les aspects de soi qui s’opposent et parvenir, par un dialogue, à instaurer une relation plus harmonieuse. Il est d’ailleurs très révélateur pour la personne vivant un conflit avec elle-même de découvrir au travers d’un voyage intérieur que les motivations sous-jacentes à la résistance qu’elle vit sont bénéfiques, au-delà de l’inconfort créé par le conflit. Alors, à quoi bon se rendre malade en luttant contre soi-même, et les autres, au point d’en devenir aveugle ou pire, de mettre fin à ses jours? Tout le monde n’en sera que plus malheureux!

Dans cette perspective, une émotion que l’on a tendance à qualifier de « négative » de par sa nature désagréable recèle souvent une vérité non exprimée de nous-mêmes. Ainsi, la colère peut être l’expression d’une tristesse, elle-même le reflet d’un désir de liberté d’apparence dangereuse pour ce que l’on a construit dans la vie, mais qui visiblement ne nous convient pas ou plus. Parfois, par orgueil, certains préfèrent continuer sur la même route et se convaincre qu’ils ont raison. Le prix a payé est souvent trop élevé. En bloquant l’expression de ses vérités intérieures, les circonstances peuvent plus difficilement s’agencer de manière harmonieuse du fait que les conflits gouvernent aussi bien les comportements que les pensées. Un travail sur soi s’impose alors afin de se réapproprier sa vie et amorcer une paix intérieure salutaire.