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La chronique de Laurent Lacherez est publiée régulièrement sur le site MaChronique.com.

Le silence est d'or

La ville rime avec le bruit et tend à refléter l’expression de la vie sous de nombreuses formes : les déplacements terrestres et aériens, les constructions, les situations d’urgence, la fête, la vie en collectivité, la musique, les moyens de communication, etc. … beaucoup s’habitue à cet environnement sonore au point de ne plus se sentir confortable en présence du silence. Pourtant, le bruit est indéniablement une grande source de stress physique et psychologique, ainsi que de vieillissement.

La frénésie sonore aspire, draine et vide ceux qui la subissent au détriment de leur rythme biologique naturel, perturbant ainsi le bon fonctionnement de l’organisme, notre efficacité, notre concentration, notre capacité à réagir consciemment, le sommeil (sauf ceux qui parviennent à s’endormir avec la musique), l’équilibre hormonal. Aussi, depuis quelques années on prend en considération le bruit comme une source de pollution. En d’autres termes, le silence permet au corps et à l’esprit de retrouver le calme naturellement, de prendre plus conscience de la fatigue et des tensions accumulées, de baisser la pression sanguine, de rétablir une respiration plus fluide, de prendre du recul, de faire le vide tout en se ressourçant, d’améliorer sa capacité d’écoute, sa compréhension, sa communication et favorise une meilleure santé mentale et physique!

Hélas, s’offrir du silence est aussi luxueux qu’effrayant pour certains. Combien de gens connaissez-vous qui sont réellement confortables à s’asseoir avec eux-mêmes et juste demeurer en observation? Observer est en effet une des premières attitudes qu’offre l’absence de son. C’est réellement au travers du silence que l’esprit peut s’aiguiser par l’observation à comprendre et découvrir ce qui lui demeure inaccessible par excès de distraction. Il offre aussi la possibilité de s’accorder un temps de réflexion avant de parler, d’agir pour mieux mesurer la portée de ses paroles ou mieux assimiler une nouvelle information. D’ailleurs, de nombreuses sociétés initiatiques imposent au nouveau venu une période de silence afin que celui-ci puisse développer plusieurs capacités, dont l’observation et l’écoute. Autrement dit, c’est dans le silence que la valeur de la parole prend tout son sens. C’est sûrement pour cela que l’on reconnaît la prise de conscience propre à toute démarche de réflexion sur soi quand, dans un moment de silence, le regard s’éveille, la conscience s’allume et réalise une vérité. Cette capacité humaine merveilleuse que nous sommes seuls à posséder contribue certainement à nous distinguer des autres espèces et paradoxalement, à nous faire sentir si isolé sur cette petite planète bleue perdue dans l’univers. Or, celui qui apprend à apprivoiser le silence peut y puiser une force indéniable, celle de créer du nouveau. Le bruit vécu comme une source de distraction coupe très souvent l’individu de son intuition et de sa créativité, le rabaissant parfois à courir sans direction précise. Le silence offre donc un espace de changement, une occasion de s’arrêter pour penser, voir et agir différemment, sans savoir au préalable ce qui va nécessairement en sortir. Ainsi l’artiste-peintre va t’il, dans un élan de créativité puisé dans le silence l’impulsion de donner forme et vie à une toile blanche, sans avoir nécessairement conscience du résultat final, simplement en se laissant porter par cette force avec laquelle il est en contact tout en étant pleinement concentré par ce qu’il fait. Et c’est justement cette grande attention, cette présence complète face à la toile et à l’émergence d’une autre réalité qu’il parvient à créer.

C’est pourquoi je me plais à croire que dans un sens, nous sommes tous, chacun à notre manière, des artistes en puissance dont la capacité à créer de nouvelles manières de pensées et d’être face à la vie nous habite.

Alors, le défi de l’artiste en puissance que nous sommes est de faire taire la multitude de pensées, d’idées et de désirs qui l’habite pour tailler, tel un bijoutier, le diamant brut qu’il incarne et façonner la pierre précieuse dont il devine l’existence. C’est dans des moments de totale présence à soi que peut s’opérer cette alchimie. Concrètement, il peut être très utile pour franchir cette porte d’utiliser différents moyens afin de trouver celui qui convient le mieux à chaque personne. La difficulté étant davantage de calmer le vacarme quasi incessant vécu en soi, en s’aménageant un espace propice au silence. Parfois, cela va se faire au cours d’une démarche de coaching, pour mieux rediriger certaines pensées brimant la libre expression de ce que l’individu est appelé à exprimer.